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Roue des émotions : comment l’utiliser avec un enfant

Enfants

Books Go Team · Publié le · 10 min de lecture

La roue des émotions est un cercle partagé en parts, où chaque part porte une émotion de base, un visage et quelques mots plus précis. Elle sert à une chose très simple : donner à l’enfant plus de mots que « bien » et « pas bien », pour qu’il puisse montrer du doigt ce qu’il ressent quand les mots lui manquent. Utilisée avec calme, au quotidien, avec un petit outil d’apaisement associé à chaque émotion, elle aide à reconnaître, nommer et accueillir ce qui se passe à l’intérieur. Vous n’avez pas besoin d’un programme : une feuille, des feutres et quelques minutes suffisent pour commencer.

En bref :

  • Nommez l’émotion d’abord, cherchez la solution ensuite.
  • La roue donne plus de mots que « bien » ou « mal ».
  • Reliez chaque émotion à des signes du corps et à un outil d’apaisement.
  • Entraînez-vous quand tout le monde est calme, pas en pleine crise.
  • Parlez à votre médecin si les émotions fortes perturbent la vie quotidienne.
Roue des émotions : comment l’utiliser avec un enfant
Dans cet article · 10 min de lecture
  1. La roue des émotions en quatre étapes
  2. Fabriquer une roue des émotions en 10 minutes
  3. Utiliser la roue des émotions au quotidien
  4. Que peut-on attendre selon l’âge ?
  5. Cinq activités de cinq minutes pour enrichir le vocabulaire
  6. Quelles phrases dire, lesquelles éviter
  7. Où un livre peut aider
  8. Quand consulter un professionnel
  9. Questions fréquentes
  10. Sources

Apprendre ses émotions comporte trois temps : remarquer ce que l’on ressent, trouver un mot, puis choisir quoi en faire. Santé publique France range d’ailleurs la conscience de ses émotions et leur régulation parmi les trois compétences émotionnelles de son référentiel sur les compétences psychosociales des enfants et des jeunes (Santé publique France, 2022). Ce n’est pas un talent inné : mpedia, le site de l’Association française de pédiatrie ambulatoire, rappelle que le jeune enfant vit ses émotions de façon très intense et qu’il apprend peu à peu à les réguler grâce à l’empathie, la compréhension et la disponibilité de ceux qui l’entourent. « Ne demandons pas à un enfant de 3 ans de réagir comme un enfant de 10 ans », écrit-il (mpedia, 2020).

Roue des émotions : quatre étapes pour aider l’enfant à repérer une émotion et à choisir un outil
Roue des émotions : quatre étapes, de l’émotion repérée à l’outil choisi

La roue des émotions en quatre étapes

Les quatre étapes tiennent dans une minute. L’ordre compte plus que les mots exacts.

  1. Repérer. Observez les émotions pendant la journée, de préférence quand elles sont encore petites. Le CDC, un organisme de santé publique, conseille d’apprendre les expressions du visage et le langage du corps de votre enfant pour chaque émotion, car un petit signal est plus facile à accueillir qu’une explosion (CDC, en anglais).
  2. Nommer. Dites l’émotion à voix haute avec des mots simples : « Tu as l’air déçu. » Proposez une hypothèse même si vous n’êtes pas sûr. Si votre enfant vous corrige, essayez à nouveau. S’il y a plusieurs émotions, nommez-en plusieurs : « un peu en colère et un peu triste ».
  3. Accueillir. L’émotion a le droit d’exister, même quand le comportement n’est pas acceptable. Le CDC le résume ainsi : toutes les émotions sont acceptables, pas tous les comportements. Vous n’avez pas besoin d’être d’accord pour accueillir, et dire à un enfant d’arrêter de ressentir quelque chose ne lui montre pas que vous le comprenez. Pour mpedia, il s’agit de « connecter avant de corriger ».
  4. Choisir un outil. C’est seulement maintenant que l’on passe à l’action : une respiration, un câlin, un dessin, une marche. Passer trop vite aux solutions risque de balayer l’émotion.

Un mot sur le moment. Pendant une grosse crise, le plus important est de rester calme à côté de l’enfant, de le réconforter et d’attendre qu’il se calme. Naître et grandir précise de ne pas chercher à le raisonner ou à lui expliquer quand l’émotion est vive : on en parle après (Naître et grandir). Si vous avez vous-même besoin d’une pause, le CDC indique qu’elle peut durer seulement trois respirations profondes.

Fabriquer une roue des émotions en 10 minutes

On trouve des roues toutes faites partout, mais une roue fabriquée à la maison est souvent meilleure, parce que votre enfant participe. Le projet Making Caring Common de l’université Harvard explique qu’une roue ajoute des mots pour les émotions simples et plus complexes, et qu’elle aide à distinguer des émotions proches, comme triste et déçu, ou frustré et en colère (Making Caring Common, en anglais). Il la propose pour des enfants de la maternelle au lycée : elle peut donc grandir avec le vôtre.

Pour la fabriquer :

  1. Dessinez un grand cercle sur une feuille ou une assiette en carton et partagez-le en six parts.
  2. Écrivez une émotion de base dans chaque part ; votre enfant dessine un visage et choisit une couleur.
  3. Ajoutez deux ou trois mots plus précis sur le bord de chaque part.
  4. Accrochez la roue à hauteur de l’enfant, dans sa chambre ou dans la cuisine.

Voici une version de départ. Adaptez-la à votre enfant, et prenez les signes du corps comme des repères fréquents, pas comme des règles :

Émotion de base Mots plus précis Signes que l’on peut remarquer Un outil à essayer
Joie fier, content, reconnaissant sourire, petits sauts, épaules détendues le raconter à quelqu’un, le dessiner, l’ajouter à une liste de petites victoires
Tristesse déçu, seul, mis à l’écart larmes, silence, corps lourd un câlin, de la musique, un cahier des émotions
Colère frustré, agacé, jaloux sourcils froncés, poings serrés, voix forte, visage chaud respirer lentement, bouger, un coin calme
Peur inquiet, timide, nerveux yeux grands ouverts, tremblements, mal au ventre, se blottir respirer, serrer un doudou, parler du « et si… »
Surprise perdu, émerveillé, sursaut sursaut, figé, yeux écarquillés une pause, puis « qu’est-ce qui s’est passé ? »
Calme détendu, en sécurité, bien respiration lente, corps souple le remarquer ensemble : « c’est comment, le calme ? »

Naître et grandir cite des signes du même genre chez le jeune enfant : sourcils froncés et poings fermés pour la colère, tremblements et besoin de se blottir pour la peur, larmes pour la tristesse, sourire pour la joie. Le site conseille aussi d’aider l’enfant à décrire ce qui se passe dans son corps, par exemple dans son cœur ou son ventre.

Utiliser la roue des émotions au quotidien

Une roue accrochée au mur ne fait rien toute seule. Ces habitudes la rendent utile :

  1. Un rendez-vous fixe. Le petit-déjeuner ou le coucher conviennent bien. Demandez : « Quelle est ta météo intérieure aujourd’hui ? » Laissez votre enfant montrer du doigt d’abord ; les mots viendront après.
  2. Proposer, pas imposer. « C’est plutôt de l’inquiétude ou de l’excitation ? » Deux ou trois choix sont plus faciles qu’une question ouverte comme « Qu’est-ce que tu ressens ? ».
  3. Ajouter une note. Le Child Mind Institute suggère de demander à l’enfant d’évaluer son émotion de 1 à 10, en donnant d’abord un exemple : « Je suis un peu anxieux, disons 6 » (Child Mind Institute, en anglais).
  4. Parler de vos émotions. Dites ce que vous ressentez et ce que vous faites : « Je suis agacée, je vais respirer trois fois. » Naître et grandir et le CDC soulignent que l’enfant apprend en vous observant.
  5. Choisir les outils quand tout va bien. Naître et grandir recommande de proposer des stratégies choisies ensemble à l’avance : dessiner, serrer un doudou, courir, ou souffler lentement comme sur une chandelle.
  6. Rester bref et régulier. Deux minutes par jour valent mieux qu’une longue discussion une fois par mois. Encouragez aussi votre enfant à dire « je » : « J’ai peur du gros chien », comme le recommande Naître et grandir.

Que peut-on attendre selon l’âge ?

Chaque enfant est différent : prenez ce tableau comme un repère, pas comme une grille. Naître et grandir rappelle qu’avant 5 ans, un enfant ne peut pas gérer seul ses émotions : il a besoin d’un adulte à ses côtés. Le Child Mind Institute montre que les mêmes compétences se travaillent à tous les âges, en passant de mots simples à des mots de plus en plus précis.

Âge Ce qui aide le plus Idées à essayer
Environ 3 à 5 ans Visages et images, quatre à six émotions de base, un adulte tout près jeu de grimaces devant le miroir, livres d’images, roue dessinée
Environ 6 à 8 ans Mots plus précis, signes du corps, échelle de 1 à 10 mimes des émotions, dessiner une émotion, le rendez-vous quotidien
Environ 9 à 12 ans Émotions mélangées, causes, stratégies choisies par l’enfant cahier personnel, musique ou dessin, phrase « je ressens… parce que… »

Cinq activités de cinq minutes pour enrichir le vocabulaire

  • Grimaces au miroir. Faites une grimace devant le miroir et nommez-la ensemble, chacun son tour.
  • Mime des émotions. L’un joue une émotion de la roue sans parler, l’autre devine.
  • Pause dans l’histoire. Pendant une lecture ou un dessin animé, arrêtez-vous : « Comment se sent ce personnage ? Qu’est-ce qui pourrait l’aider ? » Naître et grandir propose exactement ce type de questions.
  • Album des émotions. Découpez des visages dans des magazines, demandez à l’enfant d’en nommer l’émotion et collez-les dans un cahier.
  • Dessine-la. Demandez à votre enfant de dessiner à quoi ressemble la colère ou l’inquiétude. Dessiner donne une forme à l’émotion, et elle devient plus facile à raconter.

Quelles phrases dire, lesquelles éviter

Les mots comptent, mais il n’en faut pas de parfaits. mpedia donne des exemples de reflets à voix haute : « Tu te sens triste », « tu es fâché ». Voici quelques échanges possibles :

Au lieu de Essayez
« Arrête de pleurer, ce n’est rien. » « Tu as l’air vraiment triste. Je suis là. »
« Ne sois pas bête, il n’y a rien à craindre. » « Ça t’a fait peur. Quelle partie était la pire ? »
« Calme-toi ! » « On respire trois fois lentement ensemble ? »
« Tu fais du cinéma. » « C’est une grosse émotion. Elle est à combien, entre 1 et 10 ? »
« Ne tape pas ton frère. » « Tu as le droit d’être en colère. Taper, non. Que peux-tu faire à la place ? »

Roue des émotions : des phrases qui ouvrent la conversation et des phrases qui la ferment
Roue des émotions : des phrases qui ouvrent la conversation et des phrases qui la ferment

Où un livre peut aider

100 Façons d’Assister les Enfants Atteints de TDAH et de TDA de Magda Pabst est un cahier pratique de 100 jeux, exercices et stratégies pour les parents et les enseignants d’enfants d’environ 3 à 12 ans. Son chapitre sur le soutien émotionnel recoupe cet article : écoute active avec des questions ouvertes, validation des émotions en séparant le sentiment du comportement, cahier privé des sentiments, et dessin ou musique pour s’exprimer. D’autres chapitres proposent une respiration avec l’image du ballon (inspirer sur 4 temps, expirer sur 6), une zone calme avec des règles claires et un petit échange après, et la technique du « feu tricolore » pour s’arrêter et réfléchir.

Le livre est écrit pour les enfants avec un TDAH ou un TDA, mais on peut s’inspirer de ces idées sans diagnostic, et comme chaque enfant est différent, vous choisissez ce qui lui convient. Ce n’est pas un ouvrage médical, il ne pose pas de diagnostic et ne remplace pas un professionnel.

Quand consulter un professionnel

Avoir du mal avec les grandes émotions fait partie de la croissance. Naître et grandir conseille d’en parler au médecin lorsque la difficulté à gérer les émotions ou l’impulsivité gêne la vie à la maison, à la crèche ou à l’école, provoque des conflits fréquents ou un mal-être important. Parlez aussi à votre pédiatre ou à votre médecin si :

  • les émotions sont très intenses, très fréquentes ou très longues ;
  • votre enfant se plaint souvent du ventre, dort mal ou évite l’école quand il est contrarié ;
  • votre enfant ne prend plus plaisir à ce qu’il aimait avant ;
  • vous vous inquiétez pour lui, ou pour vous-même.

Si votre enfant parle de se faire du mal, cherchez de l’aide tout de suite. L’annuaire international findahelpline.com recense des lignes d’écoute dans de nombreux pays.

Pour aller plus loin, lisez nos guides sur le coin calme à la maison, sur la crise de colère chez l’enfant et sur le tableau de récompense. D’autres articles sont sur le blog Books Go, et d’autres livres sur la page d’accueil de Books Go Publications.

Questions fréquentes

À partir de quel âge peut-on parler des émotions avec un enfant ?

Dès la naissance. Naître et grandir conseille de nommer la joie, la tristesse, la colère et la peur dès le bébé, puis d’aborder des émotions plus complexes, comme la déception ou la jalousie, vers 2 ou 3 ans. À tout âge, votre ton et votre exemple comptent autant que vos mots.

La roue des émotions convient-elle aux petits ?

Oui, si elle reste simple. Harvard la recommande de la maternelle au lycée ; pour les plus jeunes, préférez des images et des visages à de longues listes de mots, et restez à côté d’eux pendant qu’ils montrent du doigt.

Mon enfant répond « je ne sais pas » : que faire ?

C’est une réponse normale. Proposez deux ou trois hypothèses, pointez un signe du corps (« tes poings ont l’air serrés ») ou laissez-le montrer la roue. Le CDC rappelle que les mots ne sont pas toujours nécessaires : rester à côté de lui montre aussi que vous le comprenez.

Faut-il laisser l’enfant être en colère ?

Laissez-le ressentir la colère et posez des limites à ce qu’il en fait. « Tu peux être en colère, mais tu ne peux pas taper » donne à la fois la permission de ressentir et une règle claire sur le comportement.

Au bout de combien de temps voit-on une différence ?

Il n’y a pas de délai fixe, et aucune méthode ne marche de la même façon pour tous les enfants. Une pratique courte et régulière pendant des semaines est plus réaliste qu’un changement rapide, et les mauvais jours existeront quand même.

Est-ce utile pour un enfant avec un TDAH ?

Cela peut faire partie du soutien, avec les routines, le sommeil, le mouvement et l’avis du médecin de votre enfant. Nommer les émotions et convenir d’outils d’apaisement à l’avance peut aider, mais cela ne remplace pas un avis professionnel.

Sources

Cet article est fourni à titre d’information générale et ne remplace pas l’avis d’un médecin, d’un diététicien ou d’un autre professionnel qualifié.