La gestion des conflits au travail commence par une règle simple : réagir tôt, parler en privé, décrire les faits sans accuser, écouter jusqu’à pouvoir reformuler le point de vue de l’autre, puis convenir d’une prochaine étape concrète. Vous trouverez ici une méthode en six étapes, des phrases toutes prêtes, cinq techniques pour les moments tendus et une échelle claire pour savoir quand parler ne suffit plus.
En bref :
- Abordez un conflit tôt, une fois calme, et en tête à tête.
- Décrivez faits et effet avec « je », sans accuser.
- Écoutez jusqu’à pouvoir reformuler correctement le point de vue de l’autre.
- Terminez par une action décidée ensemble et une date pour faire le point.
- En cas de harcèlement ou de peur de représailles, demandez de l’aide.

Dans cet article · 9 min de lecture
- Qu’est-ce qu’un conflit au travail ?
- Gérer un conflit au travail en 6 étapes
- Que dire : des phrases à adapter
- Cinq techniques pour les moments tendus
- Conflit avec un collègue ou avec votre supérieur
- Quand parler ne suffit pas : une échelle
- Ce que notre livre apporte
- Questions fréquentes sur la gestion des conflits au travail
- Sources
Qu’est-ce qu’un conflit au travail ?
Juritravail, site d’information juridique, définit le conflit au travail comme une opposition entre deux ou plusieurs collaborateurs, née de différences de perceptions, de valeurs, d’objectifs ou de comportements. Le même article cite parmi les causes fréquentes les différences de personnalité, une communication défaillante (consignes floues, ton mal interprété), les intérêts qui s’opposent, le télétravail, qui complique les échanges, et des rôles mal définis (Juritravail). Dougs, un site de conseils aux entreprises, ajoute à cette liste les objectifs irréalisables, la concurrence entre collaborateurs et les changements d’organisation (Dougs).
Se demander de quel type de conflit il s’agit aide à choisir la bonne approche.
| Type de conflit | À quoi il ressemble | Ce qui aide en général |
|---|---|---|
| Sur la tâche | « Nous ne sommes pas d’accord sur le livrable. » | Clarifier l’objectif et qui décide, puis l’écrire |
| De relation | « Il me coupe la parole à chaque réunion. » | Décrire le comportement et son effet, écouter sa version |
| De valeurs | « Elle prend des raccourcis que je n’accepte pas. » | Nommer le principe en jeu, chercher des règles communes |
| Entre équipes | « Deux services se renvoient la faute. » | Réunir les personnes concernées, préciser les rôles |
Il y a souvent plusieurs couches : un désaccord sur un délai (la tâche) peut cacher le sentiment de ne pas être respecté (la relation). Traitez d’abord le problème visible, sans oublier le second.

Gérer un conflit au travail en 6 étapes
Les conseils de Robert Half et de Juritravail se recoupent : agir avant que la situation ne s’installe, séparer les faits des émotions, écouter, chercher un terrain d’entente. Voici une version en six étapes, à suivre dans l’ordre.
- Laissez retomber l’émotion. Si vous êtes en colère, attendez avant de parler. Robert Half recommande de laisser les émotions retomber, de quelques heures à 48 heures, puis de fixer un rendez-vous avec un objet et une durée clairs. N’attendez pas pour autant que cela s’enkyste : le même article conseille de réagir avant que le conflit ne se développe.
- Préparez trois faits. Notez ce que vous avez observé, sans adjectifs : « Le dossier m’est revenu deux fois sans mes modifications. » Écartez « toujours », « jamais » et les procès d’intention. Décidez de ce que vous voulez : un changement, une réponse, des excuses, une règle.
- Demandez un entretien en tête à tête. Choisissez un lieu calme et un moment sans précipitation. Un message court suffit : « Pourrions-nous prendre 15 minutes pour parler de notre façon de passer le relais ? J’aimerais trouver une solution qui nous convienne à tous les deux. » Mieux vaut le face-à-face ou la visio que l’écrit, où le ton se perd.
- Ouvrez avec un message en « je ». Robert Half conseille de privilégier le « je » aux accusations. Un schéma simple : le fait, l’effet, la demande. « Quand le dossier m’est revenu sans mes modifications, j’ai dû refaire le travail (fait, effet). Pourrions-nous convenir que vous vérifiez la dernière version avant de le modifier ? (demande) »
- Écoutez jusqu’à pouvoir reformuler. Laissez l’autre aller au bout, puis reformulez avec vos mots : « Si je comprends bien, vous étiez sous pression et vous n’avez pas vu ma mise à jour. C’est cela ? » Notre livre conseille de répéter le point de vue de l’autre jusqu’à ce qu’il le confirme. Exposez ensuite le vôtre.
- Convenez d’une action et d’un point d’étape. Juritravail termine sa méthode de médiation par un plan d’action et un suivi. Restez modeste : qui fait quoi, pour quand, et quand vous reparlerez de la situation. Résumez-le en deux lignes écrites. Si l’un de vous doit s’excuser, faites-le brièvement et passez à la suite.
Un principe de Robert Half vaut aussi pour vous : « complimenter en public, critiquer en privé ».
Que dire : des phrases à adapter
Ce sont des points de départ, pas des textes à réciter. Changez les mots jusqu’à ce qu’ils vous ressemblent.
| Situation | Une phrase possible |
|---|---|
| Ouvrir la discussion | « J’aimerais comprendre comment chacun voit le passage de relais. Avez-vous 15 minutes ? » |
| Décrire le problème | « Dans les deux dernières réunions, j’ai été coupé avant la fin. J’aimerais pouvoir terminer mon idée. » |
| Vérifier que vous avez compris | « Je vérifie que j’ai bien compris : il vous faut les chiffres plus tôt, c’est cela ? » |
| Chercher un terrain d’entente | « Nous voulons tous les deux que ce lancement se passe bien. Partons de là ? » |
| Assumer sa part | « J’aurais dû vous prévenir plus tôt que la date avait changé. Je suis désolé(e). » |
| Quand le ton monte | « Je veux vous répondre sérieusement. Pouvons-nous faire dix minutes de pause et reprendre ? » |
| Conclure | « Donc j’envoie le brouillon mardi, vous le relisez jeudi. On fait un point vendredi ? » |
Les formules qui jettent de l’huile sur le feu : « tu fais toujours », « tu ne fais jamais », « calme-toi », l’ironie, et ressortir de vieilles erreurs.

Cinq techniques pour les moments tendus
Notre livre consacre un chapitre aux disputes, aux affrontements et aux provocations. En plus de 11 règles générales, il nomme cinq techniques pour les discussions difficiles. Voici, avec nos mots, à quoi chacune peut ressembler au travail :
- La technique du disque rayé. Répétez calmement la même phrase, sans nouvel argument et sans élever la voix. « Je comprends. J’ai quand même besoin du document pour jeudi. »
- La concession partielle. Reconnaissez ce qui est juste sans renoncer à votre demande. « Vous avez raison, je l’ai envoyé en retard. J’aimerais quand même que nous fixions une échéance. »
- Le report. Si les émotions sont fortes, déplacez la discussion à un moment plus calme. « Reprenons à 15 h, quand nous aurons pu réfléchir. »
- Le questionnement. Demandez des précisions plutôt que de vous défendre. « Qu’est-ce qui vous a gêné exactement ? Pouvez-vous me donner un exemple ? »
- Le regard extérieur. Prenez du recul : comment un collègue neutre décrirait-il ce qui s’est passé ? Que conseilleriez-vous à un ami dans la même situation ?
Face à une personne hostile, le livre conseille de séparer le problème de la personne, d’éviter les cris et le sarcasme et de recourir au « je ». Parmi ses règles générales : écouter et montrer de l’empathie, désamorcer tôt, ne pas le prendre personnellement, reconnaître ses erreurs et ne pas insulter.
Conflit avec un collègue ou avec votre supérieur
Pour un conflit avec un collègue, le chapitre du livre sur les situations quotidiennes recommande la transparence, une discussion de préférence en face-à-face ou en visio, de ne pas ressortir les erreurs passées et de demander des nouvelles de la personne avant de critiquer son travail.
Avec votre supérieur, le rapport de force est différent : la préparation compte davantage. Le livre suggère de comprendre la pression qu’il subit, de communiquer régulièrement et de poser des questions. Concrètement, apportez un problème accompagné d’une proposition et décrivez l’effet sur le travail plutôt que de juger la personne.
Quand parler ne suffit pas : une échelle
Tous les conflits ne se règlent pas à deux. Pensez à une échelle, et ne montez que le nécessaire :
- Parlez directement, avec les six étapes ci-dessus.
- Faites intervenir un tiers neutre. Robert Half cite un tiers neutre (RH, collègue ou supérieur) quand il faut organiser une rencontre, et Dougs recommande un professionnel externe si la hiérarchie est elle-même impliquée ou si le conflit dépasse les compétences internes.
- Passez par les voies formelles de votre organisation (ressources humaines, représentants du personnel, procédure de signalement). Prenez de courtes notes avec dates et faits.
Le harcèlement, la discrimination, les menaces et la violence ne sont pas des « conflits à régler en parlant ». Dans ces cas, adressez-vous directement aux voies formelles et à des personnes qui peuvent vous protéger. Un stress qui dure, des nuits perturbées ou l’appréhension d’aller travailler sont aussi des raisons d’en parler à un médecin ou à un psychologue. Si vous êtes en détresse, vous pouvez trouver une ligne d’aide dans l’annuaire international Find a Helpline.
Ce que notre livre apporte
Notre livre Rhétorique, Communication Assertive et Écoute Active, de Sylvestre Moulins, est un manuel général sur la communication de tous les jours, en 21 chapitres. L’un d’eux traite des conflits, des disputes et des provocations, et le livre se termine par dix situations du quotidien, dont les collègues et le supérieur. La plupart des chapitres s’achèvent par des exercices à faire seul, par exemple revoir chez soi ses propres arguments après un échange tendu.
C’est un manuel pratique, pas un livre de thérapie : il ne traite pas les problèmes cliniques et nomme des auteurs sans donner de références détaillées. Une version audio est également disponible.
À lire aussi : la communication assertive avec une formule en 4 temps et 12 phrases, comment savoir dire non sans culpabiliser et l’écoute active pour que l’autre se sente entendu. Vous trouverez d’autres guides sur le blog de Books Go et d’autres livres sur la page d’accueil de Books Go Publications.
Questions fréquentes sur la gestion des conflits au travail
Comment commencer la discussion ?
Demandez un entretien en tête à tête, dites en une phrase de quoi il s’agit et proposez un moment qui convient aux deux. « Pourrions-nous prendre 15 minutes pour parler du passage de relais ? J’aimerais que nous trouvions une solution qui nous convienne. » Partir d’un objectif commun fait baisser la tension.
Combien de temps attendre avant d’en parler ?
Assez pour vous calmer, pas assez pour que le problème grossisse. Robert Half évoque de quelques heures à 48 heures pour laisser retomber les émotions. Une bonne règle : parlez quand vous pouvez décrire les faits sans colère.
Que faire si l’autre refuse de parler ?
Proposez encore une fois, en termes neutres, peut-être par un autre canal. S’il refuse toujours et que le problème pèse sur votre travail, faites appel à un tiers neutre : un responsable de confiance, un médiateur ou les ressources humaines. Vous ne maîtrisez que votre part de la discussion.
Et si le conflit est avec mon supérieur ?
Préparez-vous davantage, restez factuel et apportez des solutions avec le problème. Décrivez l’effet sur le travail, pas la personne. Si cela dure, demandez l’appui d’une personne neutre et gardez de courtes notes de ce qui a été dit et convenu.
Faut-il prévenir les RH tout de suite ?
Pour un désaccord ordinaire, un échange direct et respectueux vient en général d’abord. Pour du harcèlement, de la discrimination, des menaces ou la peur de représailles, passez par les voies formelles sans attendre. Les RH peuvent aussi aider quand la discussion n’a pas fonctionné.
Vaut-il mieux parler ou écrire un message ?
Parler, en face-à-face ou en visio, est en général préférable, car le ton et le langage du corps portent du sens. Utilisez l’écrit après coup pour confirmer ce dont vous avez convenu : deux lignes avec qui fait quoi et pour quand.



